Passionnés du bijou, préparez-vous !
Une nouvelle exposition ouvre ses portes au musée de l’imprimerie et de la communication graphique à Lyon. Installée dans un immeuble Renaissance, ce musée ne fait peut-être pas partie des musées que vous connaissez bien et c’est dommage ! Car il renferme une très belle collection de machines et de matériel d’imprimerie encore fonctionnels, et de documents qui relatent l’histoire de l’imprimerie (née en 1450 grâce à Gutenberg si vous avez zappé). Pour l’hiver 2022, le musée s’offre une exposition qui n’a en apparence aucun rapport avec l’imprimerie : une exposition jusqu’au 19 février 2023 sur la joaillerie et la gemmologie.

Bijou Bijoux, la collection de documents de Geoffrey Riondet

Imaginée par un expert en joaillerie et bijoux anciens, le lyonnais Geoffray Riondet, l’exposition Bijou Bijoux présente une impressionnante collection de documents et livres variés autour du bijou. Cette sélection de pièces d’origines et de contenus très variés se complète d’une part, de documents issus de la collection du musée, et d’autre part des archives municipales.
Edition originale décorée par Lalique

Edition originale d’un livre de Robert de Montesquiou décorée par Lalique

Lyon, ville de joaillerie ?

D’aucuns le découvrent peut-être : Lyon est une ville du Bijou. Au Moyen-Âge, Lyon et Paris rivalisent en termes de nombre d’orfèvres, nous raconte Geoffray Riondet lors de la visite.
De nombreux ateliers, de grandes maisons, sont d’ailleurs encore présents à Lyon, souvent en étage, discrétion oblige. Commissaire d’exposition passionné et passionnant, il ponctue la découverte de l’exposition avec des anecdotes très intéressantes.
Le saviez-vous ?
Le métier de bijoutier remonte au XVIIIème siècle ! Avant, c’est l’orfèvre qui crée les bijoux.
François Boucher

Mon oeuvre préférée avec la photo de Cléo de Mérode, une peinture de François Boucher.

Parcours d’exposition Bijou, Bijoux

L’exposition du Musée de l’imprimerie et de la communication graphique est constituée de quatre salles en enfilade, abordant des thèmes différents et complémentaires.
A l’entrée, le visiteur est accueilli par une photo gigantesque et magnifique de la mine de diamant Mir, à Staselnik en Russie. Le ton est donné : les matières premières sont l’objet de cette première salle.
Mine Diamant Udachnaya

Stepanovas (Stapanov Alexander). Timestamp at the bottom right was removed by Michiel Sikma in 2006.

Une fois cette première salle explorée, vous êtes invité à poursuivre dans une salle beaucoup plus grande, qui est dédiée à une histoire non linéaire du bijou.
Fait intéressant dans cette exposition dédiée au bijou : il n’y a aucun bijou présenté !
De l’Antiquité à l’Art Déco, en passant par la Renaissance et les Bijoux de la Couronne de France, ce qui nous permet de nous projeter dans ces pièces fabuleuses sont des gravures, des estampes, des dessins, des relevés d’expertises, et d’autres curiosités, comme de très jolis dessins de joailliers. C’est d’ailleurs émouvant de suivre la créativité et l’inspiration d’un artiste en consultant son carnet de croquis !
Parure des bijoux de la couronne de France

Parure des bijoux de la couronne de France

Cette deuxième salle était bien sûr ma préférée, car elle met en avant des focus sur des moments de l’histoire du bijou qui me touchent : l’Antiquité et ses bagues, notamment à intaille romaine, la période des Joyaux de la Couronne, qui me fascine, et enfin la période plus récente de l’Art Nouveau et de l’Art Déco. Thème universel … J’en parlais encore à mes étudiants cette semaine !

Vous connaissez l’histoire des joyaux de la Couronne ?

C’est une collection de gemmes formée au départ par François 1er, et complétée progressivement par tous les Rois de France, qui se sont légué cette collection à chaque nouveau règne. Les gemmes sont montées et démontées en fonction des goûts, des modes, et constituent un trésor qui doit refléter la puissance française. Ce pouvoir hautement symbolique est d’ailleurs toujours très fort pendant la IIIème République, puisque le gouvernement d’alors choisi de démanteler cette collection ô combien associée à l’Ancien Régime, et à la vendre aux enchères en 1887… M. Riondet nous apprend que le Louvre cherche à reconstituer cette collection… Je vous en avais parlé brièvement lorsque je vous ai parlé de l’exposition Yves Saint-Laurent, dans la magnifique galerie d’Apollon du Louvre.

Un peu moins convaincue par la fin de l’exposition

La troisième salle est davantage centrée sur les métiers de la joaillerie. Des photos, des informations sur les écoles et un coin lecture permettent d’identifier rapidement les types de métiers visés. Toutefois, je trouve qu’un travail de médiation encore plus poussé auprès des jeunes aurait trouvé son sens ici. Un partenariat avec des formations lyonnaises aurait pu prendre la forme de l’exposition d’un atelier de création par exemple. Un élément peut-être plus concret que la série de livres exposés en vitrine, ou de photos accrochées au mur.
Pour finir, la salle Bijoux et Arts permet de mettre le bijou en perspective dans la littérature, la poésie, la bande-dessinée, le cinéma et le music-hall.
Des univers variés qui montrent combien le bijou est présent dans l’actualité artistique. S’il y a de très belles éditions – un Jules Verne !!! – Je regrette toutefois qu’il n’y ait pas un fil conducteur un peu plus marqué pour uniformiser le parcours d’exposition.

Camille Boileau et Paul Koudounaris

Pour finir, je n’ai pas parlé du travail en résidence au musée en 2021 de la plasticienne Camille Boileau. En résonnance du parcours bijou, il y a un parcours graphique qui s’inscrit dans la Biennale. Les oeuvres présentées n’ont aucun rapport avec le bijou, si ce n’est la qualité graphique et le travail de savoir-faire et d’artisanat mis en avant. En association avec un sérigraphe, elle a peint avec un pinceau géant sur des plaques, des typons ensuite reproduits en sérigraphie par Olivier Bral.
Paul Koudounaris Camille Boileau Musée Imprimerie Lyon
Deuxième artiste mis en lumière : Paul Koudounaris. Un photographe passionné par les squelettes des martyrs que l’Eglise a décoré de gemmes pendant les guerres de religion.
J’ai découvert cette pratique grâce aux photos exposées dans le musée, et je n’en reviens pas ! Passionnant.
Je ne peux pas terminer cet article sans vous parler du livret de l’exposition, qui est d’une richesse !
Chers passionnés du bijou, vous ne verrez donc aucun bijou dans cette exposition… Mais vous aurez l’occasion de découvrir des documents rares et précieux d’une très belle collection.
Merci à toute l’équipe du musée et M. Riondet pour cette visite !