Voilà une nouvelle qui m’a énormément surprise ce matin, en ouvrant la newsletter The Business of Fashion, ma préférée. La maison Paul Poiret, ses archives et ses marques, a été rachetée par un groupe coréen qui collabore déjà avec Givenchy, Burberry, Céline, Shingsegae International. Entre les jupes entravées et le style oriental, que sera la mode Paul Poiret 2015 ?

Le revival, à la mode, à la mode !

Depuis une dizaine d’années, c’est la mode de relancer des maisons qui ont connu le succès par le passé et qui sont tombées dans l’oubli. Emmanuelle Kakhn, Schiaparelli, Moynat, Madeleine Vionnet, Courrèges, les maisons de luxe françaises fantômes soutenues par des financiers aux dents longues (pas toujours françaises, mais l’argent est ailleurs…), tentent toutes un comeback à la Balenciaga (1986)- dont le succès n’est plus à démontrer. Mais Paul Poiret ? J’avoue que j’ai un peu du mal à imaginer ce que sera la mode Paul Poiret à la sauce 2015.

Paul Poiret - 1911 - The Met.

Paul Poiret – 1911 – The Met., rétrospective 2007

Le style Paul Poiret

Style très chargé ? Jupes entravées ? Broderies et caftans ? Turbans à aigrette ?
Le succès de Paul Poiret – après sa phase d’apprentissage chez les grands couturiers de l’époque, Charles Worth en tête – repose sur l’abandon du corset (1906) et des jupons, et la proposition de vêtements plus amples, qui laissaient la femme libre de ses mouvements. Enfin, sa jupe entravait tout de même les jambes…

Côté style, Paul Poiret aimait les broderies et autres sophistications ; il trouvait le style de Chanel trop épuré, elle le trouvait trop théâtral avec ses « turqueries ». Ses inspirations, il les puisait dans les vêtements et tissus exotiques, des Ballets Russes à Shéhérazade. Sa mode était un savant mélange de tout cela, et ne laissait pas indifférent, jusqu’aux Etats-Unis, où on le surnommait le « Roi de la Mode ». Si souvent copié, il a dû lui-même proposer une collection « accessible » !

Alors que sera le style Poiret 2015 ?
Dans sa création, ce que je préfère, ce sont les grands manteaux russisant ou japonisant. Et oui, le kimono à l’occidentale, c’était lui, dès les années 20s (non, les stylistes n’ont rien inventé, d’ailleurs, c’est l’objet d’un autre excellent article que je viens de découvrir, et que je vous conseille.)

Manteau Poiret motifs Raoul Dufy. The Met

Manteau Poiret « La Perse » – tissu dessiné par  Raoul Dufy. The Met, rétrospective 2007

En version 2015, le style Poiret sera peut-être justement un métissage. Après tout, c’est à la mode ! Mais comment se démarquer de ce qui existe déjà ? Un vrai défi pour les stylistes qui auront à travailler sur l’histoire de la maison. Prendre du recul, tout en restant fidèle, un peu le travail que font Lagerfeld chez Chanel ou Raf Simons chez Dior.

Sous la poussière, l’or …

Si le groupe coréen se débrouille bien, il y cependant tout un ADN d’innovation à exploiter ! Car Poiret a été le premier couturier, bien avant Chanel, à lancer un parfum et des cosmétiques (1911) !

Il a aussi inventé la soirée événementielle de lancement de collection – il avait bluffé tout Paris avec sa 1002ème Nuit! – et utilisé des techniques de « marketing », notamment en présentant son travail comme celui d’un ARTiste, et en mettant en valeur le lifestyle à la Paul Poiret, des stratégies maîtrisées à la perfection par toutes les grandes marques de luxe aujourd’hui !

Il avait enfin eu la bonne idée de se rapprocher des arts décoratifs, en créant une ligne déco et une école, et en travaillant avec des artistes comme Raoul Dufy. Sans compter la création du magazine Monsieur, dont je vous avais déjà parlé il y a quelques temps. Un touche-à-tout génial et visionnaire ! Je vous conseille de lire sa biographie, un livre assez rare mais vraiment intéressant.

Il faudra juste veiller à ne pas reproduire les mêmes erreurs ? Une mauvaise gestion, une difficulté à s’adapter aux changements de la société et des attentes de ses clientes, avaient fait décrocher Paul Poiret de sa fulgurante ascension, le réduisant à finir sa vie dans la misère…

Lire l’article : Poiret racheté par Shinsegae International (The Telegraph)