Max Herlant Make Up In Paris

Bulles de Mode fête ses deux ans avec un cycle d’interviews de personnalités de la Mode et de la Beauté. Premier entretien exclusif avec M. Max Herlant.

En Bref …

Max Herlant, c’est … 17 ans comme Directeur Artistique de la marque Bourjois – le relancement des petites boîtes rondes, c’est lui ! – mais aussi 2 ans comme DA chez Arcancil et Fareva Colour, 3 ans de chroniques Santé / Beauté chez William Leymergie, 1 projet d’émission avec France 2, de nouvelles gestuelles pour le fabricant Rexam, la Direction Artistique de Yves Rocher depuis 2012, etc.
Le maquillage ? Il y est entré un peu par hasard… Point commun ? Une histoire de passion.
 
Vous avez été magicien professionnel pendant 6 ans. Quels étaient vos numéros favoris ?
J’ai eu ma première malette à 14 ans, je faisais des tours de cartes, des foulards, de la micro-magie, du close-up avec des pièces, un peu de tout. Après, j’ai eu pendant longtemps un numéro de colombes : j’en faisais apparaître 14 ! J’ai fait aussi des tours de lévitation.
 
Au bout de 6 ans, qu’est-ce qui vous a poussé à apprendre le maquillage ?
J’étais passionné par la magie de scène en fait, et l’univers cabaret, en particulier les transformistes. J’ai toujours été très admiratif de ces artistes, je me souviens d’un transformiste qui devenait Diana Ross en un clin d’oeil. C’était incroyable ! Pour moi, c’est aussi de la magie !
 
Harry HoudiniC’est là que j’ai commencé à réfléchir à un numéro qui mêle magie et maquillage, j’aurais trouvé ça génial.
 
Et finalement je suis devenu maquilleur, après une formation en Maquillage Artistique à l’école Christian Chauveau, où j’ai eu comme professeur Dany Sanz (la créatrice de Make Up Forever, ndlr). La magie est passée au second plan, mais elle est toujours là, quelque part. 
 
D’ailleurs, l’un des premiers looks que j’ai créés pour Bourjois, « La Magie  des Couleurs » était d’inspiration « magique » : il y avait des étoiles, un côté magique dans les textures. Je voulais un maquillage qui donne un résultat magique, un effet « comme par magie ».
 
J’ai aussi voulu organiser une conférence de presse différente, plus originale que la démo classique, pour le relancement des boîtes rondes, chez Bourjois. Vous savez c’est le premier produit de la marque, le fard emblématique ! J’ai eu l’idée de transformer la salle en cabaret, on racontait l’histoire des boîtes en faisant de la magie, et je faisais un numéro de pickpocket. Cela a beaucoup plu aux journalistes !
 
Les contes de fées, ou Harry Potter sont des références pour moi. J’adore ! J’ai d’ailleurs décoré une pièce entière de ma maison secondaire à la manière de Poudlard. Des vieux livres de magie, des affiches, des trompe-l’œil. Avec Fred (Farrugia), on fait les foires de magie, on regarde de nouveaux tours dans les livres, les DVD. C’est un club très fermé,  il faut montrer patte blanche !
 
Quels ont été vos débuts dans le maquillage ?
J’ai eu la chance de faire le tour du monde à 18 ans, de voyager. Je faisais beaucoup de stars notamment pour la TV.
Un jour, j’ai maquillé plusieurs femmes politiques très importantes, pour un dîner organisé en parallèle du sommet de l’OTAN, et Daniela Carter, l’épouse de l’ambassadeur qui organisait le dîner pour les Clinton, m’a dit : Tu aurais un peu de temps pour maquiller Mme Clinton ?

HILLARY RODHAM CLINTON ATTENDS THE DEMOCRATIC NATIONAL CONVENTION

J’étais très impressionné, elle était à l’époque première dame des Etats-Unis… Vous savez, la magie c’est une histoire de réflexes. On répète un tour des années avant d’y arriver parfaitement.

Et instinctivement, j’ai fait ce tour dans la loge. Elle m’a regardé en me disant « T’es comme David Coperfield ! » elle a bien aimé, les journalistes aussi par la suite, alors je me suis dit que c’était ça mon petit truc, et j’ai continué. Surtout que ça permettait de détendre les personnes que je maquillais, et moi aussi !
J’ai d’ailleurs eu la chance de maquiller Quincy Jones (le producteur à succès, notamment de Michael Jackson ! ndlr), il a eu un coup de cœur pour moi et m’a engagé pour 3 jours, pour l’accompagner, et le divertir. C’était une belle expérience !
La discrétion, c’est le secret pour durer dans ce métier, comme pour les médecins. Mes clientes sont des stars, des princesses. J’ai aussi maquillé la femme du Président de Pologne à l’époque, ou des femmes de diplomates et des femmes politiques (Ministère de la Culture en Espagne, Président du Sénat).  
 
Vous avez fait / faites aussi beaucoup de TV ?
La TV c’est un peu grâce à Agatha Ruiz de la Prada, une grande amie, qui m’avait invitée à venir travailler sur une émission en Espagne. On faisait les interviews ensemble.
Et je suis souvent invité à des émissions de TV : en Chine, sur la chaîne nationale, au Japon, en Corée, en Espagne.
Je suis maquilleur, mais j’aime la lumière, j’aime être devant la caméra, faire mon show !
En France c’est souvent un problème : on vous cantonne dans une case. Moi j’aime faire plein de choses !
 
 
Bourjois Boîtes rondes
 
 
Après Bourjois, pendant 14 ans, vous avez été Directeur Artistique de la marque Arcancil pendant près 2 ans. Qu’est-ce qu’un Directeur Artistique selon vous ?Je n’aime pas vraiment le terme. J’ai tout fait, chez Arcancil. Je préfère dire Maquilleur Créateur. C’est moins bureaucrate. Je me considère avant tout comme un artiste. Comment peut-on diriger la création ? Je trouve que cela ne veut rien dire.
Pour moi la création doit être un amusement, par une contrainte.

Givenchy Mascara PhenomenonY a-t-il un produit que vous auriez aimé créer ?
Le mascara avec la boule de Givenchy Phenomen’Eyes. C’est une belle création! Malheureusement je trouve qu’il n’y a pas de grande création dans le maquillage, plutôt des innovations. Fred Farrugia change un peu les codes, je trouve le concept de sa palette génial. C’est une nouvelle approche, et les textures sont super. 
 
Comment voyez-vous le maquillage du futur ?
Je pense qu’il y a encore énormément à faire en anti-âge. Trouver des gestuelles qui re-sculptent le visage, de nouveaux ingrédients, de nouvelles textures, de nouveaux effets, c’est comme la cuisine, ou la mode, c’est un renouvellement permanent !
Cela me passionne d’ailleurs, d’utiliser des ingrédients qui ne sont pas au départ prévus pour le maquillage, trouver le petit truc qui va apporter un peu de lumière dans un fond de teint, l’huile d’olives par exemple !
 
Et le rôle de la High-Tech ?
Vous voulez dire comme dans le 5ème Elément* ? Je pense qu’on va vers cette technologie. 
Y a des choses à jeter, on trouvera toujours des astuces pour aider les femmes. Mais le high-tech ne remplacera jamais la main du maquilleur pro, pour adapter le maquillage à la personnalité et à la morphologie de la personne.
C’est comme la médecine aussi. La main de l’Homme sera toujours le coordinateur.
Vous savez j’adore la chirurgie esthétique, je trouve que le maquillage s’en approche, par le travail des couleurs, des ombres, des lumières pour transformer un visage.
Pour moi le métier de maquilleur est un métier en évolution constante, il lui faut explorer de nouveaux univers. Ce sont des règles essentielles, qu’on apprend dès le début. A travailler en laboratoires, j’ai appris à mélanger les textures – tiens le maquillage c’est aussi une sorte de cuisine – c’est une grande passion. Ca devient comme une drogue, on ne peut plus s’arrêter d’essayer d’autres ingrédients, etc. 
 
D’où vient votre inspiration?
Comme pour un créateur de couture, il faut sentir les tendances, visiter des expositions, absorber ce qui nous entoure. 
L’inspiration peut venir de l’environnement, mais aussi de son imaginaire propre.
Ensuite, il faut que le maquillage soit comme la vie : joyeux, vivant. Il doit être un plaisir, donner envie aux femmes de s’amuser. Pour cela la gestuelle doit être simple.
Chez Bourjois, il n’y avait pas de vert. Alors j’ai voulu créer un vert qui ne soit plus subtil, avec des reflets dorés, bronze. Cela lui donnait du peps, une autre dimension.
Pour réussi dans ce métier, il faut bien connaître les femmes, se poser la question : Si j’étais une femme, de quoi aurais-je envie ?

Y a-t-il des Femmes en particulier qui vous influencent ? Lesquelles?
Je suis fasciné par les Femmes de cinéma et de spectacle des années 30 à 50 : Marilyn, Ava Gardner puis plus récemment Karen Mulder ou Diane Keaton. Ce sont des femmes magnifiques, et à l’époque, le maquillage n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Les fonds de teint étaient très épais, le maquillage très chargé. Avec un peu de blanc, on retroussait un nez!

Ava Gardner

 
Selon vous un maquillage doit-il corriger ?
Maquillage Beauté et Maquillage Correction sont liés, que ce soit pour une femme très sophistiquée, en tailleur pantalon, ou pour les « Vierges » de la Renaissance, qui utilisaient du blanc de céruse, très toxique, pour blanchir leur peau. Ou encore au XIXème siècle, quand les femmes utilisaient du bleu, pour mettre en valeur la transparence de teint (effet « on voit les veines » !)
On se maquille toujours pour quelqu’un. Ce n’est pas que pour soi, c’est aussi pour les autres.
 
Donc maquillage Beauté sous-entend toujours Correction. Avec l’eye-liner ou l’ombre à paupière on corrige la forme d’un œil, ou l’intensité d’un regard. Mais ce n’est pas une chirurgie esthétique. 
Le maquillage permet d’améliorer une anomalie, d’en faire une qualité. 
Pour chaque visage il y a un maquillage correction type, par exemple pour des lèvres trop fines, ou pour rajeunir un visage via les joues / pommettes. Avec le temps le visage évolue, on ne corrige pas les mêmes choses, ni de la même façon.
Après il y a aussi l’influence de la culture : en France les femmes aiment le maquillage subtil, au Japon c’est le teint blanc qui est privilégié, au Brésil le maquillage doit se voir, en Espagne ce sont les lèvres qui sont le plus importantes.  
 
En parlant de Lèvres, vous avez participé à l’ouvrage Lèvres de Luxe ? Quelle a été votre contribution ? On m’a demandé d’écrire sur le rouge à lèvres. En accord avec Jean-Marie Martin-Hattemberg, je voulais faire passer un message, une certaine ambiguïté. Je voulais parler de rouge à lèvres mais avec un double sens (l’érotisme, le potentiel sexuel du rouge à lèvres, ndlr). Le maquillage c’est passionnel, c’est sexuel, surtout le rouge !
Lèvres de Luxe Jean-Marie HattembergCela a beaucoup plu à Jean-Marie. J’admire le travail qu’il a fait pour ce livre, on a besoin de gens comme lui. C’est un collectionneur de cosmétiques, je suis un collectionneur de livres de magie, mais au final c’est la même magie : imaginer la femme qui a tenu ce rouge à lèvres. 
Qu’est-ce qui peut être plus proche d’elle ? Ces objets touchent à l’intimité de la femme, ils absorbent son énergie. C’est fascinant de se projeter dans le moi profond d’un personnage à travers ces abjets.
C’est ce qui permet aux gens de rêver. C’est ça la vie, et le maquillage c’est pareil.
Le rêve c’est ce qui fait tenir les gens, on a tous besoin de croire.
 
Max Herlant est à retrouver bientôt sur France 4. Il intervient aussi comme chroniqueur Beauté dans la Matinale de Direct 8.
 
Psst : Après un mois de septembre très chargé, Bulles de Mode fait un break le week-end prochain.
On se retrouve dans 15 jours (le 10 octobre) pour la prochaine Interview Anniversaire. D’ici là, d’autres découvertes vous attendent !
 
* Dans le 5ème Elément : les lunettes maquillent la personne qui les chausse!