La colorimétrie, c'est le sujet le plus polémique du conseil en image. Et je n'ai pas peur de dire que je n'y crois pas, ou du moins, pas de la façon dont elle est enseignée dans la plupart des écoles aujourd'hui.
Dans cet épisode du podcast Happy Personal Shopping, je t'explique d'où vient la colorimétrie en conseil en image, comment elle a été simplifiée au fil du temps jusqu'à en perdre presque tout son sens, et pourquoi je refuse d'enfermer mes clientes dans une palette de couleurs. J'y reviens aussi dans l'épisode 121, avec encore plus de recul après 16 ans de pratique terrain.
C'est un épisode que j'avais envie de faire depuis longtemps. Il est peut-être un peu inconfortable. Tant mieux.
🎧 Préfères-tu écouter ? Retrouve cet épisode directement sur le podcast Happy Personal Shopping :
D'où vient la colorimétrie en conseil en image ?
Pour comprendre pourquoi la colorimétrie telle qu'on la connaît pose problème, il faut remonter à ses origines, bien plus anciennes qu'on ne le croit.
Tout commence avec Goethe, oui, le poète, qui a travaillé sur la lumière et le spectre visible bien avant que la mode s'empare du sujet. Mais c'est vraiment dans les années 1930, en Allemagne, avec l'école du Bauhaus, que les bases théoriques prennent forme. Johannes Itten, peintre et professeur de cette école légendaire, développe une analyse minutieuse des couleurs : leurs relations, leurs contrastes, leurs harmonies. Il crée la roue chromatique, ce disque qui classe les couleurs par type et par température, et publie plusieurs ouvrages de référence, dont L'art de la couleur, que tu peux encore trouver aujourd'hui.
Itten ne travaillait pas pour la mode. Il travaillait pour les arts visuels. Ce sont d'autres personnes qui ont eu l'idée d'appliquer ses réflexions au vêtement.
De 64 profils à 4 saisons : une perte colossale
Dans les années 1940, à Los Angeles, une styliste américaine nommée Suzanne K. Gill s'empare du travail d'Itten pour habiller ses clientes sur mesure. Elle développe un système qui s'appuie sur la couleur de peau, des cheveux et des yeux de chaque personne, et elle aboutit à 64 profils distincts. Soixante-quatre. Autant de cases qu'un échiquier, pour tenter de rendre compte de la diversité réelle des êtres humains.
Sur le papier, c'est une démarche honnête. La nuance y est. La complexité est reconnue.
Et puis dans les années 1980, Carole Jackson reprend ce travail et le simplifie pour le grand public. Elle réduit le système à 4 profils : printemps, été, automne, hiver.
On passe de 64 profils à 4. La perte d'information, elle est colossale.
Simplifier, c'est souvent une bonne intention. Rendre accessible quelque chose de complexe, c'est même un vrai talent. Mais là, la simplification est tellement radicale qu'elle finit par trahir l'idée de départ : représenter la diversité des profils humains. Depuis les années 80, les méthodes ont un peu évolué, certaines parlent de 8, 12 ou 16 profils. Le problème de fond reste le même.
Pourquoi ces méthodes ne me convainquent pas
J'ai moi-même passé un test de colorimétrie il y a quelques années, c'est d'ailleurs comme ça que j'ai découvert le conseil en image. La conseillère qui m'a reçue m'a fait le draping (le protocole des foulards de couleur posés devant le visage) et m'a dit que je devais me teindre les cheveux soit en noir corbeau, soit en blond platine.
Si tu me suis sur les réseaux sociaux, tu sais que je ne suis ni l'un ni l'autre. Je n'ai pas suivi ce conseil. Tout simplement parce que mes cheveux tels qu'ils sont font partie de qui je suis.
Cette expérience illustre bien ce qui me dérange dans l'application rigide de la colorimétrie : elle présuppose qu'une couleur "correcte" existe indépendamment de la personne qui la porte, de ses envies, de son histoire, de ce qui lui ressemble.
Ajoute à ça la réalité des profils humains : des personnes métisses, des teints plus ou moins mates, des cheveux poivre et sel, colorés, blancs, frisés, des yeux de toutes les nuances possibles. Comment 4, 8 ou même 16 cases peuvent-elles rendre justice à cette diversité ? Je n'y arrive pas.
Et quand des clientes viennent me voir en disant qu'on leur a "interdit le rouge"... je me demande comment on peut s'autoriser ça. Le rouge bordeaux, le rouge magenta, le rouge coquelicot, le rouge géranium : ce ne sont pas les mêmes couleurs. Interdire "le rouge" à quelqu'un, c'est fermer une porte immense sur quelque chose qu'on ne maîtrise pas vraiment.
J'ai en mémoire une institutrice qui est venue me voir à Confluence complètement blasée : on venait de lui interdire le rouge lors d'un conseil en image. Elle n'avait plus du tout envie de s'habiller. Voilà le résultat d'une méthode appliquée sans recul.
La couleur comme outil, pas comme sentence
Je ne dis pas que la colorimétrie est inutile. Je dis qu'elle est une indication, pas une règle. Au mieux, tu peux dire à une cliente : "Attention, ce rouge-là te met moins en valeur." De là à lui interdire une couleur, non.
Et ce qui m'agace depuis deux ans sur les réseaux, c'est de voir des draping en 15 secondes pour faire un réel viral. C'est criminel pour le métier. On oublie que derrière les foulards, il y a une femme avec un vécu, des complexes, des envies. Une femme qui vient d'avoir un cancer et qui se bat pour retrouver estime et confiance : tu vas lui interdire le rouge ?
La méthode, c'est un outil. Pas un verdict. C'est même quelque chose que j'aime comparer à l'apprentissage de la conduite : au début, on respecte tout à la lettre, les limitations de vitesse, les timings. Et puis avec l'expérience, on comprend quand il faut s'adapter au flux réel de la route. Une méthode, c'est pareil. Elle te rassure au départ, elle te donne un cadre. Et à un moment, ce cadre doit devenir une liberté, pas une prison.
La colorimétrie harmonique : une direction, pas une cage
Il serait réducteur de s'arrêter à la critique. Parce qu'il existe des approches de la couleur qui, elles, m'ont vraiment interpellée.
La première, c'est la colorimétrie harmonique. J'y ai été initiée, et ce qui m'a tout de suite séduite, c'est qu'elle ne cherche pas à classer une personne dans une saison. Elle lui donne une direction. Ce n'est pas "tu es hiver, donc voici ta palette." C'est "dans cette direction de couleur, tu vas trouver ce qui te met en valeur - et dans cet espace, tout reste possible."
Elle travaille sur les relations entre les couleurs, les harmonies, les contrastes, la façon dont certaines tonalités entrent en résonance avec le profil naturel de quelqu'un. Elle tient compte de la chaleur ou de la fraîcheur globale d'un visage, de l'intensité des contrastes entre la peau, les cheveux et les yeux. Et elle aboutit à une lecture beaucoup plus fine que 4 ou 16 cases ne le permettront jamais.
L'autre chose que j'apprécie vraiment : c'est une prestation complète, qui prend du temps. Pas un draping de 15 secondes. Une vraie observation, une vraie conversation. La personne repart avec une boussole, pas une liste d'interdits.
Ce que la colorimétrie harmonique n'impose pas, c'est de changer qui tu es. Elle part de toi telle que tu es, et elle cherche ce qui amplifie ce que tu dégages déjà naturellement. C'est fondamentalement différent.
Et si la couleur avait aussi une dimension énergétique ?
C'est la question que pose Gabrielle Despréax, accompagnatrice des femmes qui veulent (re)mettre du mouvement dans leur vie. Dans son approche, la couleur n'est pas seulement une donnée visuelle liée au teint. Elle entre en relation avec les 5 éléments, avec l'énergie de la personne, avec ce qu'elle traverse. C'est une lecture de la couleur qui m'interpelle vraiment.
Parce que quand on accompagne quelqu'un dans son rapport au style, on touche à quelque chose de bien plus profond que la surface. Et il n'est pas absurde de penser que la couleur, comme le vêtement, peut être un levier intérieur.
Toi aussi ça t'interpelle ?
Dans le réseau professionnel des conseillères en image Constellation , Gabrielle Despréaux a consacré une masterclass entière à ce croisement entre couleurs et 5 éléments du feng shui tibétain, une approche que tu n'as probablement jamais croisée dans ta formation en conseil en image.
Pour résumer
La colorimétrie en conseil en image a une histoire riche, mais la méthode des 4 saisons simplifie à l'excès une réalité bien plus complexe. Utiliser la couleur comme outil d'observation et de dialogue, oui. L'utiliser pour enfermer quelqu'un dans une palette ou lui interdire des couleurs, non. La colorimétrie harmonique propose autre chose : une direction, pas une cage. Et d'autres lectures encore, comme l'approche énergétique, méritent qu'on s'y arrête.
Tu as aimé cet article ? Il est tiré des épisodes 27 et 121 du podcast Happy Personal Shopping. Écoute tous les épisodes ici


