Connaissez-vous ce peuple mythique, les Amazones ? Depuis l’Antiquité, elles inspirent la création, en art notamment. Aujourd’hui, je vous parle de leur influence sur la mode. Associées à la force, à la combattivité, au courage, les Amazones vont nous permettre de parler de confiance en soi et de prise de pouvoir.

Vous allez voir, c’est super intéressant !

Au départ, une photo d’Harper’s Bazaar

Si vous me suivez sur Instagram, vous avez découvert le thème des posts de cette semaine en avant-première !
Tout est parti de cette photo, une photo que mon amie Julie <3 m’a permis de resituer : il s’agit d’une femme costumée pour Burning Man 2019, shootée par le magazine Harper’s Bazaar.

Harpers Bazaar Burning Man 2019

Tous les jours, comme vous, je vois des centaines d’images, et certaines, comme celle-là, m’inspire.
Je les met de côté dans mon téléphone, dans mon ordinateur, et un jour elles refont surface de manière plus ou moins littérale, à travers un projet d’article ou un thème de travail.

En l’occurence, je me suis penchée sur ce qui me plaisait dans cette photo.

La simplicité de la composition, c’est sûr, avec ces lignes sobres, graphiques, maîtrisées.
J’adore l’ondulation de la traîne, et de la manche, j’aime le côté assumé du costume, très éloigné de ce que j’aime habituellement, mais qui a beaucoup de force, d’allure ici.

En fait, ce qui me plaît, c’est ce qui se dégage de cette femme seule dans le désert. Un maintien parfait, un port altier et fier. En fait, j’ai vu dans cette femme une Amazone.

Le peuple mythique des Amazones ?

Vous ne connaissez peut-être pas ce peuple mythique ? Homère en parle dans l’Iliade. Mais il y a fort à parier que des histoires d’Amazones étaient relayées à l’oral avant lui !

Combat Grecs Amazone vase Musée Beaux Arts Boston

Vase grec illustrant un combat entre Grecs et Amazones – Musée des Beaux-Arts de Boston

Dans la mythologie, on parle de femmes aussi guerrières que des hommes. Plusieurs héros d’ailleurs les défient : Thésée, Hercule, Achille, excusez du peu !
Elles vivent entre elles, tuent les enfants mâles qu’elles auraient pu avoir avec le peuple voisin (une fois par an), se brûlent le sein gauche pour ne pas être gênées lors du maniement de l’épée. Vous avez dit guerrières ?

Les Amazones réelles étaient Scythes

Les Amazones de la vraie vie ont existé. Si le thème vous parle, vous pouvez écouter la conférence Ted que leur a consacré Adrienne Mayor (texte en version française).

Les Amazones auraient été membres d’un peuple de nomades parfois situé en Lybie, parfois en Scythie, une terre qui court au VIIème siècle avant JC de l’Europe centrale à la Mongolie actuelle.

Carte de Scythie

CC BY-SA 4.0

Pour la communauté Scythe, les Amazones sont les égales des hommes. Elles apprennent à manier l’arc et à monter les chevaux comme eux. Dans une société très masculine et patriarcale comme la société grecque dans l’Antiquité, forcément, ça fascine ! D’autant que des révoltes de femmes agitent parfois la société grecque, ce qui pourrait expliquer, d’après certaines thèses, le succès de ce mythe.
Quoi qu’il en soit, elles deviennent ces êtres mythiques, indépendants, combattifs, libres à tous points de vue (même sexuel).

Le style, arme de pouvoir pour les femmes

Ce qui est incroyable, c’est que cette fascination pour les femmes fortes a perduré à travers le moyen-âge, et même l’époque moderne. Aujourd’hui encore, ce mythe de la femme forte, indépendante, égale voire supérieure des hommes (pour la femme fatale) inspire les couturiers.
Et comme dans l’Antiquité, le progrès social et l’émancipation des femmes dans les années 70 ont probablement pesé dans la balance.

Jeanne d’Arc, Amazone médiévale

Comment ne pas parler de Jeanne d’Arc ! Cette femme, que l’histoire a rangé sous l’atroce surnom « La Pucelle » était de la race des Amazones antiques : guerrière, dévouée, courageuse, intimidante.

Jeanne d'Arc

Tellement à l’opposé des canons de beauté de l’époque ! Au Moyen-Âge, hommes et femmes portent la robe, jusqu’au XIVème siècle, où l’homme adopte le court et la femme, la robe.

Or Jeanne d’Arc ne porte pas la robe, mais l’armure, quand la société très religieuse de l’époque ne tolère pas que les femmes trompent leur monde en s’habillant en homme. On ne modifie pas l’apparence que Dieu nous a donné !

Les favorites, Amazones post-médiévales ?

Il y a peu d’Amazones dans cette période, sauf si on considère que les favorites des rois de France, à commencer par Agnès Sorel, Diane de Poitiers ou Athénaïs de Montespan en sont les représentantes de l’époque. Voire-même Marie-Antoinette, en cherchant bien …

Je préfère passer rapidement pour vous parler de l’époque moderne. Mais si le sujet vous intéresse, il y a des livres comme La Reine Au Moyen-Âge, le pouvoir féminin XIV-XVème siècle de Murielle Gaude-Ferragu, ou encore l’article très intéressant Le féminisme au temps de la Renaissance. Pour finir, le génial travail de sociologie de Christine Bard sur le pantalon et la jupe.

On pourrait aussi parler de la technique d’équitation « en amazone », et du vêtement éponyme que les femmes portent au XIXème siècle pour faire du cheval.
Bref, c’est un sujet très vaste !

Saint-Laurent : le précurseur

Avec son goût pour la provoc’, Yves Saint-Laurent est l’un des premiers à proposer un smoking pour femmes.
Dans les années 1930s déjà, certaines femmes, comme Marlène Dietrich, aimaient s’habiller comme les hommes. Mais c’est en 1967 que cette proposition marque l’histoire de la mode.

Pour aider la femme à s’approprier la tenue masculine, Yves Saint-Laurent retravaille le costume, en l’ajustant par des pinces par exemple, et en proposant un gilet très ajusté sous la veste.
La coupe conserve cependant ce qui fait la carrure masculine : le revers, les épaulettes, la ceinture.

Affiche Expo Helmut Newton Grand Palais 2012

L’affiche de l’expo rétrospective consacrée au photographe Helmut Newton qui a popularisé le smoking pour femmes d’Yves Saint-Laurent dans Vogue en 1975.

Les couturiers star des années 1980s

Dans les années 1980, Anthony Price, Thierry Mugler et Claude Montana donnent, par le vêtement, le pouvoir aux femmes. En travaillant sur la sexualisation de la silhouette, ils manient glamour, séduction, en allant parfois jusqu’à l’extrême, ce qui leur vaut de multiples critiques.

Mais le sexe fait vendre, et la femme devient sous leurs aiguilles tour à tour guerrière, impitoyable, dominatrice, castratrice. Ca vous rappelle quelque chose ?

On ne parlait pas d’Amazone, mais davantage de Walkyrie, ces déesses guerrières chargées par Odin, roi des Dieux, de donner la mort dans les mythologies nordiques.
Ces mythes évoquent aussi les Skjaldmös, équivalents nordiques des Amazones grecques.

Nadja Auermann Thierry Mugler

Nadja Auermann par Thierry Mugler, photo Guy Marineau Merci!

En termes de coupe, ça veut dire épaulettes XXL pour une carrure inspirée du vêtement militaire – j’ai fait une story sur Instagram à ce sujet si ça vous dit :). Ca a bien marché au début des années 80s, car dans la série populaire Dallas, toutes les héroïnes portaient des épaulettes très massives !

Zoom sur Claude Montana

Claude Montana est un spécialiste du cuir, il travaille donc essentiellement avec cette matière, dans des couleurs très flashy. Aux vestes de costume passées dans le langage mode féminin courant depuis Saint-Laurent, il ajoute des détails tendance SM : zip, pressions, chaînes, cadenas, etc. La femme et le pouvoir je vous avais prévenu.e.s !

Quand on commence à parler de vêtements et de pouvoir, le sujet s’élargit vite, très vite ! Alors je m’arrête là pour l’instant, et je vous donne rendez-vous sur Instagram, pour voir l’IGTV que j’ai tirée de ces recherches, très prochainement sur Soundcloud pour mon premier (enfin!) podcast, et bientôt ici sur mon blog pour la suite, évoquée en IGTV  mais pas encore terminée, un article le powerdressing !