Une nouvelle qui me réjouit, et que je suis ravie de partager avec vous : le travail de Paul Poiret va faire l’objet d’une rétrospective à Paris ! Enfin ! Depuis la dernière, qui a eu lieu au Met en 2007, on n’avait guère vu l’inventeur de la Haute-Couture moderne mis en avant dans une exposition (Fondation Alaïa en 2005). Alors quand le Musée des Arts Décoratifs de Paris annonce un « Paul Poiret, la mode est une fête » pour la fin juin 2025, vous imaginez ma joie !!!!
Le retour de Poiret dans la Mode en 2015
A la mort de son fondateur, ruiné par une vie dispendieuse et une mauvaise gestion de ses affaires, la griffe avait disparu pendant des décennies, avant d’être rachetée en 2015 par un groupe coréen.
C’est une nouvelle qui m’avait énormément surprise à l’époque ! La maison Paul Poiret, ses archives et ses marques, a en effet été rachetée par un groupe coréen qui collabore déjà avec Givenchy, Burberry, Céline, Shingsegae International dixit The Business of Fashion, ma newsletter préférée.
Le revival, à la mode, à la mode !
Depuis le début des années 2000, c’est la mode de relancer des maisons qui ont connu le succès par le passé et qui sont tombées dans l’oubli. Emmanuelle Kakhn, Schiaparelli, Moynat, Madeleine Vionnet, Courrèges, les maisons de luxe françaises fantômes soutenues par des financiers aux dents longues (pas toujours françaises, mais l’argent est ailleurs…), tentent toutes un comeback à la Balenciaga (1986)- dont le succès n’est plus à démontrer.

Le style Paul Poiret
Style très chargé ? Jupes entravées ? Broderies et caftans ? Turbans à aigrette ?
Le succès de Paul Poiret – après sa phase d’apprentissage chez les grands couturiers de l’époque, Charles Worth en tête – repose sur l’abandon du corset (1906) et des jupons, et la proposition de vêtements plus amples, qui laissaient la femme libre de ses mouvements. Enfin, sa jupe entravait tout de même les jambes…
Côté style, Paul Poiret aimait les broderies et autres sophistications ; il trouvait le style de Chanel trop épuré, elle le trouvait trop théâtral avec ses « turqueries ». Ses inspirations, il les puisait dans les vêtements et tissus exotiques, des Ballets Russes à Shéhérazade. Sa mode était un savant mélange de tout cela, et ne laissait pas indifférent, jusqu’aux Etats-Unis, où on le surnommait le « Roi de la Mode ». Si souvent copié, il a dû lui-même proposer une collection « accessible » !
En 2015, le style Paul Poiret perdure avec de grands manteaux russisant ou japonisant. Et oui, le kimono à l’occidentale, c’était lui, dès les années 20s (non, les stylistes actuels n’ont rien inventé !).

Sous la poussière, l’or …
La marque n’a pas fait le retour que j’aurais espéré. Pourtant, le groupe coréen avait un ADN d’innovation incroyable à exploiter ! Car Poiret a été le premier couturier, bien avant Chanel, à lancer un parfum et des cosmétiques (1911) !
Il a aussi inventé la soirée événementielle de lancement de collection – il avait bluffé tout Paris avec sa 1002ème Nuit! – et utilisé des techniques de « marketing », notamment en présentant son travail comme celui d’un ARTiste, et en mettant en valeur le lifestyle à la Paul Poiret, des stratégies maîtrisées à la perfection par toutes les grandes marques de luxe aujourd’hui !
Il avait enfin eu la bonne idée de se rapprocher des arts décoratifs, en créant une ligne déco et une école, et en travaillant avec des artistes comme Raoul Dufy. Sans compter la création du magazine Monsieur, dont je vous avais déjà parlé il y a quelques temps. Un touche-à-tout génial et visionnaire ! Je vous conseille de lire sa biographie, un livre assez rare mais vraiment intéressant.
Pour plus d’informations, vous pouvez lire l’article du Télégraph (en anglais) : Poiret racheté par Shinsegae International et la monographie de Palmer White, Poiret le Magnifique.




