C’est étrange, elles sont rares les expositions à vous happer, à vous plonger dans un monde, une époque qui n’est pas la vôtre. Dès la première salle du Musée des Beaux Arts de Lyon, à la lecture de la vie de Jacqueline Delubac, née à Lyon en 1907, j’entends des notes de piano, façon music-hall, et les photographies de cette femme très chic m’entraînent dans le Paris moderne des années 20 et 30.

Jacqueline Delubac dans Le Nouveau Testament

Je dois être honnête, je n’attendais rien de particulier de cette exposition, qui présente la collection de l’une des donatrices les plus généreuses du Musée : à sa mort en 1997, Jacqueline Delubac transmet 38 chefs d’œuvre modernes, parmi lesquels des bronze de Rodin, des toiles de Bacon, Miro, Léger, Hartung, Braque, Dubuffet, Picasso, etc. et la collection de toiles impressionnistes de son second mari, le diamantaire arménien Myran Eknayan. D’autres œuvres de sa collection, disséminées par une vente aux enchères ont aussi été rassemblées pour l’occasion.

Ce qui m’a séduite, c’est le choix de scénographie de la Commissaire d’exposition, Salima Hellal. Visiter cette exposition, c’est entrer dans l’appartement parisien de la comédienne et danseuse, tel qu’il avait été décoré par elle-même pour en mettre en valeur sa collection. De nombreuses photos témoignent d’ailleurs de la disposition qu’elle avait choisie. De l’entrée, à la moquette léopard excentrique – mon coup de cœur ! – jusqu’à la dernière salle, qui présente la chambre de Jacqueline Delubac, et certaines des robes de son dressing, nous sommes invités à lever un à un les voiles des instants de vie, et de ses choix artistiques.

« J’ai un bon œil », probablement formé pendant son mariage avec Sacha Guitry, cinq années passées dans l’hôtel particulier que Guitry-père avait bâti à deux pas de la Tour Eiffel. En plein cœur de Paris, cette résidence aujourd’hui disparue, accueillait l’impressionnante collection de l’écrivain, comédien et metteur en scène.

Après son divorce, Jacqueline Delubac se consacre à ses deux passions : le théâtre et le cinéma, qui lui feront faire le tour du monde, et l’art. « J’ai eu le bonheur d’avoir un assez bon instinct et d’acheter des peintures de Poliakoff, de Fautrier, de Dubuffet, qui étaient peu connus et j’ai la joie de les avoir acquises quand tout le monde se moquait de moi.»

L’exposition présente aussi, en filigrane, une autre facette de la personnalité de Jacqueline Delubac : son goût pour la mode. Dès les premiers mois de sa vie à Paris comme danseuse de Music-Hall à la Joséphine Baker pendant les années Folles, Jacqueline Delubac est une Garçonne, aux cheveux très courts, à l’élégance moderne qui lui ouvriront les portes des magazines de mode, pour lesquels elle pose régulièrement. « Femme la plus élégante de Paris » pour Paris Match en 1949, et parmi les 10 femmes les mieux habillées au monde pour Vogue, elle était très fière de sa mise qu’elle mettra d’ailleurs en scène dans un livre à la fin de sa vie (Dominique Sirop, 1994). Amie et fidèle des plus couturiers, elle portait les créations Haute-Couture les plus avant-gardistes de Paquin, Pierre Cardin, Elsa Schiaparelli, Emmanuel Ungaro, Chanel, Azzedine Alaïa, etc. Certaines de ces robes sont présentées dans l’exposition.

Outre les tableaux et sculpture de maître présentées dans l’expo – dont ce magnifique bronze du Baiser de Rodin, qui vous colle les frissons – les œuvres que j’ai préférées étaient les photographies des différents studios pour lesquels Jacqueline Delubac a posé : Harcourt bien sûr, mais aussi Studio Lorelle, Carlet, etc.

Deux soirées spéciales ont été organisées par le Musée des Beaux Arts de Lyon et l’Institut Lumière, le mercredi 21 janvier et le jeudi 12 février à 19h. L’exposition dure jusqu’au 16 février 2015.

 

Vidéo de présentation

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