« Le Hasard fait bien les choses… »

 Pour Vanessa, le hasard est une composante très importante de sa vie.
Tiens quel hasard ! Le jour de notre rencontre, c’est un jour anniversai re pour Unfini Couture. « Ca fait 3 ans jour pour jour que j’ai décidé de me lancer dans la création ! ».
C’est aussi un peu par hasard qu’elle a commencé à créer, tout d’abord des costumes, alors qu’elle travaillait dans un théâtre, et ne connaissait pas la couture.  
« Une révélation ». De costume en costume (« et un, et un autre, et un de plus de fini ! ») elle apprend, se forme. Elle me confie même que pour apprendre, elle a démonté une armoire entière de vêtements, pour voir comment ils étaient faits. Depuis, aujourd’hui, elle dessine mentalement tous ses patrons, comme si elle « voyait » le vêtement démonté, lorsqu’elle ferme les yeux.
Autodidacte, oui, mais Vanessa a aussi eu une jolie expérience chez Pfaff, pour la technique, et la maîtrise des machines à coudre, puis chez les Soyeux Lyonnais. « Je voulais en savoir plus sur les matières, les tissus. »  
Aujourd’hui, elle s’émerveille toujours de découvrir de belles étoffes, et c’est aussi ce plaisir-là qu’elle cherche à retransmettre dans ses créations. « A quoi ça me sert d’acheter une soie magnifique, flockée de velours par exemple, et de la garder pour moi dans mon placard? Je préfère la montrer, la partager, en faire une robe par exemple, et me dire que ce tissu va voyager, être montré partout où sa propriétaire ira ».
L’idée de création selon Vanessa c’est donc aussi cette notion de partage, de
voyage. « J’adore me dire que mes créations vont partir à l’autre bout du monde. Par exemple, à Noël, j’ai vendu des étoles qui sont maintenant en Nouvelle-Zélande, en Australie, aux Etats-Unis. Tous mes accessoires se plient, pour se ranger facilement au fond d’un sac à main, et globe-trotter ».
Sa première collection, elle l’a vendue sur les marchés de la création. « Ca fonctionnait bien, alors j’ai continué. » 
« Le nom de la marque, c’est un jeu, qui remonte aux premiers costumes que je faisais, « un de plus defini ». Pour moi qui ne savait pas coudre, c’était une sorte d’exploit, tant je prenais de temps à les réaliser ! » Un temps… Unfini ! « Le logo, c’est en gribouillant que je l’ai obtenu. J’aime les lettres rondes, et en arrondissant les lettres, j’ai fini par arriver à ce résultat. L’idée de l’infini me plaît beaucoup, parce que je suis convaincue que la mode est cyclique, un éternel recommencement, je me retrouvedonc bien dans ce signe ». 
« Et c’est un nom qui capte l’attention ».
Chez Vanessa, il n’y a pas vraiment de thème de collection. Elle réalise les pièces à l’instinct, selon ses envies du moment, et selon les tissus qu’elle trouve, selon ce qu’ils lui inspirent. Elle cherche toujours la qualité, mais aussi la rareté. « Imaginer la tête des mes clientes lorsqu’elles retrouvent le tissu que j’ai utilisé sur quelqu’un d’autre, c’est impossible. Pour moi, être créateur et proposer des vêtements de créateurs, c’est proposer l’exception. La qualité donc, notamment des finitions, mais aussi l’exclusivité du tissu. Je travaille beaucoup le coton japonais par exemple, mais aussi d’autres tissus que je ramène de mes voyages ». Vanessa me parle alors de son récent voyage au Viet-Nam, dont elle a ramené un costume traditionnel teinté à la réserve, entièrement rebrodé. « Je pense le découper, pour utiliser ces broderies en détail. J’aime qu’un tissu ait une histoire, et écrire un nouveau chapitre en lui donnant une nouvelle fonction dans un vêtement très différent. »
Certaines pièces cependant sont constantes dans l’univers de la créatrice, par exemple les bandeaux pour cheveux en coton chinois. « C’est un tissu « rare », d’une belle finesse, de qualité. » Vanessa les fait venir directement de là-bas, c’est donc un tissu cher par sa provenance !
« J’aime beaucoup cette étoffe : il y a toujours une diversité incroyable dans les motifs, les couleurs, les harmonies. » Elle me montre les tissus choisis par une cliente pour réaliser une ceinture sur-mesure : du rose, du jaune, du bleu, du vert se côtoient, se mêlent aux arabesques et autres motifs floraux, sans pour autant choquer. C’est une harmonie très particulière, héritée de l’esthétique japonaise. 
L’influence japonisante se ressent aussi dans l’autre pièce phare des collections, sur laquelle Vanessa compte se recentrer cet hiver : le kimono.
« C’est comme ça que j’ai commencé, parce que je n’en trouvais pas dans le commerce. J’adore les coupes asiatiques, que je trouve sobrissimes et pourtant tellement élégantes. » Pour me montrer ce qu’elle entend par-là, la créatrice m’apporte un livre de sa collection, qui présente une exposition de kimonos modernes (années 70) et plus vieux, mais qui témoignent tous d’une recherche esthétique, technique. Fascinant !
« Les kimonos sont d’ailleurs souvent plus beaux à l’intérieur qu’à l’extérieur : pour eux, la vraie richesse vient de l’intérieur, j’adhère à cette philosophie-là. »
Et puis, il y a aussi le confort. Ces trois composantes, c’est un peu ce qu’elle cherche à proposer pour toutes ses créations.
L’avantage du kimono, c’est que c’est unitaille. « J’aime qu’un vêtement accompagne une personne au long des différents moments de sa vie, par exemple, si je grossis, ou si au contraire je maigris, si je suis enceinte, etc., je pourrai toujours mettre mon kimono. C’est une recherche que je mène pour tous les vêtements que je crée. »
L’inspiration de Vanessa, c’est aussi les années 20-30, les années Folles !
« J’aime les rondeurs de cette époque, notamment les chapeaux cloche. » Les chapeaux, c’est justement l’autre envie de Vanessa pour cet hiver. 
« J’aime travailler en volume, directement sur la tête. Et quelque part, le chapeau c’est vraiment l’accessoire qui répond exactement à ma philosophie de création : il révèle une partie de la personnalité de la personne qui le porte. C’est pour moi l’accessoire audacieux par excellence. Tout le monde ne porte pas de chapeau ! »
Le chapeau, Vanessa n’a jamais appris comment les réaliser alors en ce moment elle se forme, lit des ouvrages, essaie des techniques, taille dans le vif du sujet. « Quand je suis arrivée à Lyon, j’ai eu un choc en voyant toutes ces femmes habillées en noir. C’est pratique, c’est vrai, et moi aussi je m’y suis mise, mais j’aime l’idée que l’on peut révéler une partie de sa personnalité par ce que l’on porte. Le chapeau c’est pour moi une des petites touches de couleur et de fantaisie qui apportent de la fraîcheur à une silhouette. » 
Un silence contemplatif s’installe. « C’est dingue le chemin parcouru, depuis le théâtre ! Une successions de hasards, de rencontres, et me voilà, dans une magnifique boutique-atelier. Déjà 3 ans de création, et je suis heureuse ! » 
La couture, Vanessa l’a dans la peau, je remarque alors pour la première fois son tatouage au bras : une paire de ciseaux qui suit une ligne de pointillés….