Il y a quelques jours avait lieu le Grand Prix du Livre de Mode décerné par l’Université de la Mode de Lyon à un ouvrage paru dans l’année écoulée. Cette année, parmi les quatre lauréats figurait l’excellent Jean Patou, une vie sur mesure, de la journaliste à France Culture,  Emmanuelle Polle. Je ne l’ai pas (encore) lu, mais j’ai eu la chance d’entendre Mme Polle raconter l’aventure qu’a représenté l’écriture de ce livre.

De l’émission de radio à la mode

Emmanuelle Polle est une journaliste radio généraliste que rien ne semblait destiner à l’écriture d’un livre sur la mode, encore moins peut-être le premier ouvrage de référence sur Jean Patou, réalisé à partir des archives de la Maison. Et pourtant !

Au départ, il y a une émission, commandée par la Radio à Mme Polle, une émission d’une heure, pour raconter la vie d’une personnalité. Pour changer un peu, elle se tourne vers la mode, qui l’intéresse, et pense d’abord à Madeleine Vionnet – c’était l’époque de la fabuleuse exposition Madeleine Vionnet au Musée des Arts Décoratifs, en 2009 – puis à Balenciaga, mais ne parlant pas espagnol (ce qui pose un problème pour les archives en Espagne), elle s’oriente finalement vers Jean Patou. Quelques lignes sur cette émission.

Lors de sa conférence à l’Université de la Mode, Emmanuelle Polle avoue qu’elle a choisi Jean Patou pour de mauvaises raisons : sa biographie faisait état d’une naissance à Caen, ou du moins en Normandie, région dans laquelle elle venait de s’installer pour quitter Paris.

Le mystère Jean Patou

Ce qui devait être au départ une émission comme une autre devient bientôt un mystère passionnant pour Emmanuelle Polle : bien que toutes les sources semblent indiquer que Jean Patou est né en Normandie en 1880 ou 1887, elle ne trouvera aucune archive qui vienne corroborer cette version des faits… Pas de Jean Patou !

Jean Patou portrait en costumeAprès maintes recherches, Emmanuelle Polle doute : si la date de naissance est incertaine et l’acte de naissance introuvable, le nom est-il au moins le bon ? Il lui faudra trois mois pour percer la vérité à jour : Jean Patou est né… à Paris, en 1887. Pour y parvenir, Emmanuelle Pole est partie de la tannerie que détenaient ses parents à partir de 1893, première trace de la famille en Normandie, selon une carte postale trouvée sur internet. Elle cherche ensuite sa tombe, qui n’apporte rien de plus. La réponse viendra des registres du service militaire…

Prise d’une sorte de fièvre de recherche, un peu comme s’il s’agissait d’un « membre de sa famille » comme elle nous le dira, Emmanuelle Polle poursuit ses investigations pour en savoir toujours plus sur cet homme que toute la mode connaît mais dont personne ne sait plus rien, depuis l’arrêt de la maison au départ de Christian Lacroix en 1987.

Elle rencontre ainsi le petit neveu de Jean Patou, dernier héritier, toujours propriétaire de la Maison, et surtout de ses archives. Après deux interviews, une sorte d’élan la pousse à trouver un prétexte pour revenir voir ce Monsieur, mémoire de la Maison de son oncle.

« Et si on écrivait un livre sur Jean Patou ? »

« Pourquoi pas« ,répondra M. Jean de Moüy, « nous en rediscuterons plus tard« . Pour convaincre M. de Moüy, encore fallait-il trouver un angle d’attaque. S’ensuit ensuite une période de trois ans, pendant lesquels Emmanuelle Polle gagne progressivement la confiance de l’héritier de Jean Patou, qui lui dévoile petit à petit les archives de la Maison, des archives inédites!

« Quand on se voyait, il me disait : Alors, qu’est-ce que vous avez trouvé de beau ?« , et en fonction de mes progrès, il me montrait des cartes postales, des lettres, des photos. J’ai par exemple retrouvé la trace de Madeleine Jeannest, qui dessinait les modèles de la maison Patou, et ceux de la maison Chéruit. Dans les archives, il y avait 40 000 dessins signés Jeannest (images DR) !

Madeleine Jeannest Illustrations Mode Jean Patou

Il a mis presque deux ans et demie avant de me montrer une pièce textile. Un jour, il m’a confié un trésor : une boîte dans laquelle se trouvaient des échantillons de tissus des années 20, et … un pull. Je n’ai pas pu résister, j’ai essayé le pull dès qu’il est sorti de la pièce. La maille était somptueuse, très près du corps, avec une encolure bien dégagée. J’aurai pu sortir avec dans la rue !

« Quand il est revenu, je lui ai dit que je n’avais pas pu résister, que j’avais essayé le pull. Il m’a dit que j’avais bien fait, que c’était fait pour ! »

Quelques mots sur la Révolution Patou

Souvent oublié au profit de Chanel, Jean Patou est l’autre grande maison qui a développé le Sportswear. Si la mode est au sweat imprimé aujourd’hui, c’est quelque part aussi grâce à lui !

Jean Patou Sportswear

Source : site jeanpatou.com

Dans les années 20s, il achetait énormément de tissus, pour avoir des exclusivités, notamment auprès de maisons lyonnaises comme Bianchini-Ferier. Il sera aussi précurseur dans la recherche de motifs Art Déco en partenariat avec ses fournisseurs. Karl Lagerfeld, styliste pour la maison à partir de 1959 sera le dernier à travailler avec ces stocks !

La Maison Patou aujourd’hui ?

Depuis le départ de Christian Lacroix, la maison a fermé comme je le disais plus haut. M. de Moüy avait placé beaucoup d’espoirs en lui nous confie Emmanuelle Polle, et il s’est senti trahi quand C. Lacroix est parti créer sa propre maison, avec le soutien financier de LVMH. « Une occasion que je ne pouvais pas rater« , confiera Christian Lacroix à Emmanuelle Polle, » même si j’avais beaucoup d’affection pour la maison Patou. »

Le nom Jean Patou est cependant toujours utilisé aujourd’hui, notamment pour la gamme de parfums Jean Patou, vendue en 2002 à Procter et Gamble. D’ailleurs la marque lance un nouveau parfum, Joy Forever, hommage au premier parfum de Patou : Joy, 1929, et réédite les classiques de la maison. Petite vidéo de présentation de Joy Forever :

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Il y aura peut-être un jour une rétrospective Jean Patou, en tout cas Emmanuelle Polle continue à explorer les archives de la maison, avec des tas de projets en tête…

JOY FOREVER - JEAN PATOU