Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé d’une maison en particulier !
En attendant les rétrospectives Chanel, Mugler et Vivienne Westwood cet automne, voici un article sur l’exposition dédiée aux chaussures de luxe Christian Louboutin à Paris.
Une célébration, plus qu’une rétrospective selon le créateur parisien.

 

Interdiction de porter des talons !

Au début, je me suis vraiment posé la question sur le lieu de l’expo : pourquoi le musée de la Porte Dorée ?
Ce que je ne savais pas, c’est que ce musée présentait, avant d’être dédié à l’immigration, une collection d’Arts d’Afrique et d’Océanie et un aquarium tropical que Christian Louboutin fréquentait quand il était enfant. Tout comme le musée d’histoire naturelle, le musée de la Porte Dorée l’a beaucoup influencé. Pour sa passion des voyages en premier lieu.
Mais aussi pour l’exercice de son métier à travers un panneau qui attire son attention.
Sur ce panneau, une interdiction de porter des talons pour visiter le musée, dont les mosaïques au sol étaient trop fragiles. Un icône d’escarpin vertigineux barré, dont la cambrure exagérée s’imprime immédiatement dans l’esprit du garçon de 10 ans qu’il était.

 

Un panneau marquant pour Christian Louboutin

 

Naissance d’une obsession pour l’escarpin

Lui qui n’avait jamais vu de talons aiguilles – so 1950s ! –  a commencé à dessiner des chaussures à partir de là.
De ces premiers dessins naît le modèle Pigalle, best-seller et modèle iconique de la marque (surtout en noir).
L'univers de Christian Louboutin Expo Porte Dorée

 

Il dessine sans relâche, et fréquente encore adolescent déjà le milieu du cabaret parisien. Ses amis sont des artistes, il leur crée des souliers de danse pour paradoxalement les « déshabiller ».  A 18 ans à peine, l’univers de Christian Louboutin est déjà en place, avec force plumes, imprimés, mélanges de matières, détails music-hall et inspirations d’ailleurs – sa passion des voyages est nourrie aussi par les catalogues qu’il collectionne et feuillette en s’imaginant des tours du monde, organisés de A à Z.

 

Chaussures des plus folles Christian Louboutin
La décoration des boutiques, écran des souliers a peu changé depuis les débuts : on retrouve le principe des niches pour présenter les modèles.
Par souci de cohérence, c’est une mise en valeur similaire qui a été retenue par Olivier Gabet, Directeur adjoint du Musée des Arts Décoratifs et commissaire de l’exposition, pour la scénographie.
Pour faire de cette passion un métier, Christian Louboutin appelle toutes les maisons de couture parisiennes, et notamment la maison Dior.
Il demande à parler à la directrice de la mode à l’époque, Hélène de Mortemart, qui accepte de le rencontrer et sera une de ses bonnes fées.
Une carrière comme styliste chaussure commence. Elle atteint son apogée quand il assiste Roger Vivier dans l’organisation de sa rétrospective au Musée des Arts décoratifs (1988).

 

Des souliers au jardin et des fleurs aux semelles rouges

L’histoire aurait pu s’arrêter là, car Christian Louboutin décide de changer de métier, et de devenir paysagiste. Rien à voir avec la mode, et pourtant… C’est par hasard s’il se remet à dessiner des chaussures. Il flashe sur une boutique irrésistible passage Véro-Dodat à Paris. un de ses passages préférés.
« Si je la prends, il faudra bien que je mette quelque chose à l’intérieur. »
De son métier de paysagiste, il va garder l’inspiration de la nature, comme beaucoup de créateurs d’ailleurs, par exemple Alexander McQueen. Enfant, Christian Louboutin était passionné par les poissons de l’aquarium Musée de la Porte Dorée. Cette passion est devenue une paire de souliers en cuir de … maquereau ! D’autres escarpins se parent de l’aluminium d’une boîte de sardines. L’humour dans la création est omniprésent, ne serait-ce que dans les noms des modèles. L’entrée de l’exposition en montre un joli florilège parmi lesquels : Dandylove, Holly Mule, Let me tell you, Love, Dalida, Lucifer, Attelage, Louloupump, Catch Me, Madame Butterfly, Very Lace, etc.
andy-warhol-flowers
La passion du jardin et de la nature va rejaillir dans ses créations, notamment dans le modèle Clovis, à la semelle de fleurs d’hortensias figées dans la résine ainsi que dans le modèle Pensée, inspiré par les fleurs de Warhol, dont la semelle se couvre d’un vernis noir /rouge, précurseur de la fameuse semelle laquée rouge. Ce modèle séduit jusqu’à la Princesse Caroline de Monaco, qui le porte lors d’une cérémonie officielle. La carrière de Christian Louboutin est lancée!
Christian Louboutin et les stars
Il habille encore aujourd’hui les stars, hommes et femmes, depuis la création de sa ligne homme. Le nom Louboutin est aussi désormais associé à une marque de cosmétiques, avec notamment … des vernis à ongles bien sûr, et une gamme de rouges à lèvres. Logique 🙂

 

L’ADN de Louboutin en 5 points

1. La semelle rouge

Louboutin, c’est d’abord bien sûr, la semelle rouge. Un conflit va d’ailleurs opposer pendant plusieurs années la maison Yves Saint-Laurent avec celle de Christian Louboutin, pour savoir si la semelle rouge pouvait être utilisé par Louboutin comme signe distinctif déposé. En 2018 la Cour Européenne a tranché en faveur de Louboutin. Donc oui 🙂

2. La peau

Sur une remarque de l’une de ses collaboratrices, Christian Louboutin propose en 2007 la première collection vraiment inclusive, avec des modèles couleur chair de plusieurs couleurs. Il n’a pas de volonté militante, mais cet acte lui vaut d’être acclamé, notamment aux Etats-Unis.
Le soulier nude donne selon lui des jambes interminables à toutes les femmes, parce qu’il se fait oublier et magnifie la peau nue.

Chair par Christian Louboutin

3. La danse

Quand on commence par créer des souliers pour des danseurs, la danse prend évidemment vite une grande place dans la création. Christian Louboutin a commencé comme stagiaire aux Folies Bergères, mais il est aussi fasciné par les danses égyptiennes, indiennes et espagnoles qu’il découvre ado au cinéma. Aujourd’hui il dessine toujours pour la scène, par exemple pour Dita Von Teese, qui a joué pour l’exposition, avec une petite surprise dans le théâtre que Christian Louboutin a habillé de décorations traditionnelles du Bhoutan.

Sexy Christian Louboutin

4. Les clous (spikes)

Contrairement à ce que tout le monde croit, les clous ne sont pas l’aveu d’une passion fétichiste de la part de Christian Louboutin, mais une référence au Moyen-Âge. Il aime à le souligner, expliquant que le soulier n’est érotique que si l’on y voit un objet érotique !

L'appartement Expo Christian Louboutin

L’art de la création subversive, avec des motifs de textiles et tapisseries qui renvoient à l’univers sensuel et érotique de Pierre Molinier. Une pièce qui dévoile tout l’humour du créateur qui a même fait appel à Stéphane Bern pour servir son propos. Un moment génial !

5. La broderie

Symbole extrême et parfait de luxe, de beauté et de savoir-faire artisanal, la broderie est chère à M. Louboutin car elle le ramène à ses voyages mais aussi aux hommes qui les ont faites, ces passeurs qui tissent des liens entre passé et futur via la transmission d’un savoir-faire depuis des siècles.

Le savoir-faire des souliers Louboutin, et donc quelque part ses équipes, sont mis en valeur de très belle façon à travers une série de vidéos qui expliquent avec toujours beaucoup d’humour, la fabrication d’une chaussure.

Savoir faire et fabrication Christian Louboutin

Pourquoi j’ai adoré cette expo Christian Louboutin à la Porte Dorée?

Bon évidemment, j’aime les chaussures, et la créativité de Christian Louboutin était un premier argument pour voir cette expo.

Quand j’y pense, il n’y a pas une salle que j’ai préférée, car j’en ai adoré plusieurs !
Dans le désordre :
– la salle des souliers Chair bien sûr. De magnifiques corps de mannequins vitrine moulés dans du cuir, comme des sculptures vivantes.
– la salle des vidéos savoir-faire.
– et bien sûr le salon de cette dame anglaise bien comme il faut, présenté par Stéphane Bern himself.
– Ah oui ! J’oubliais aussi le théâtre Music-Hall Bhutanais qui m’a offert un joli moment avec Dita Von Teese.
Moralité même si vous aimez les talons et les chaussures, allez vous émerveiller jusqu’au 3 janvier 2021 au palais de la Porte Dorée !