Pour son anniversaire (un an déjà!), Bulles de Mode fête, en vous offrant une interview exclusive de Chantal Thomass !!!!

Dans la jungle des salons professionnels, Vendôme Luxury tire son épingle du jeu en offrant en plus des espaces de rencontre traditionnels, une animation culturelle. Mode et Art ne sont pas forcément perçus comme proches, et pourtant…

Cette année, c’est la tradition du Verre de Murano qui a retenu l’attention des organisateurs. Connu dans le monde entier, ce verre italien est depuis plusieurs siècles une référence du secteur. Un peu comme pourrait l’être Swarovski pour le cristal aujourd’hui.
 L’exposition, située à l’Hôtel Meurice, s’articule autour de deux artistes, Marianne Schliwinski, qui a travaillé à partir de morceaux de verre récupérés dans la lagune, et Chantal Thomass, marraine de l’événement. Celle-ci nous a d’ailleurs accordé avec une extrême gentillesse une interview.
I. L’exposition
Comment avez-vous été contactée pour participer à l’exposition? Pourquoi des objets en verre de Murano?  
C’est Mme Carole de Bona, l’organisatrice du salon, qui m’a contactée. Comme j’avais exposé deux mois plus tôt, pour les 10 ans des Designer Days*, cette collection de miroirs, de lustres et d’appliques à Murano, je lui ai proposé cela. Elle a beaucoup aimé l’idée.
Dans l’exposition, il y avait en effet des luminaires, mais aussi un travail sur les miroirs, avec notamment un immense face-à-main, mon gros coup de coeur.  
Oui, c’est une pièce extraordinaire, et très bien mise en valeur dans l’exposition.(**)
Quand on pense Murano, on ne pense pas forcément miroir, alors comment avez-vous eu cette envie de travailler cette matière ?  Vous savez, j’aime la mode, mais j’aime aussi beaucoup la déco, et j’ai toujours aimé les miroirs. J’ai des meubles en miroir chez moi, j’adore ça. D’ailleurs certains, je les ai achetés  à Venise notamment chez Véronèse,  et d’autres, des miroirs anciens, viennent de chez les antiquaires. J’aime le travail du verre.
J’avais cette idée d’immense miroir face à main qui me plaisait. J’ai proposé l’idée à Véronèse, ils ont accepté de le faire.

Chantal Thomass a également créé des poupées spécialement pour l’événement, dont ma préférée, qui m’évoquait la « reine des neiges ». 

 

II. L’extension de la marque

Vous avez  récemment collaboré avec THG pour créer des aménagements de salle de bain de luxe, vous avez aussi travaillé pour Vedette il y a quelques années, etc. Vous appréciez la décoration ? 
Oui, c’est quelque chose que j’aime faire : tout ce qui peut corresponde à mon univers, à ce que j’aime : la chambre, la salle de bains, et pourquoi pas du linge de lit ou de maison.
Ca m’inspire beaucoup de créer dans d’autres domaines. C’est très enrichissant de toucher à d’autres milieux, de rencontrer d’autres artisans. C’est vrai que c’était très excitant de voir se créer ces formes, par ces magiciens de Murano.

[Chantal Thomass a d’ailleurs créé une excellente pâtisserie présentée pendant la Fashion Week, une surprise qui pétille en bouche, comme le faisaient les bonbons de notre enfance.]

Canderell, Nivea, THG, Vedette, accessoires pour téléphones, parapluies …
Chez certains créateurs, la gestion de la diversification de la marque est déterminée par une vraie stratégie. Comment cela se passe-t-il chez Chantal Thomass? 

Les collaborations me tiennent à cœur, mais elles viennent un peu par hasard. Je ne les cherche pas particulièrement, on vient me chercher.

Et puis c’est faire voyager la marque dans d’autres domaines aussi.
Canderell (photo) c’était vendre  un tout petit truc pas cher que tout le monde peut s’acheter.

Avoir du Chantal Thomass avec soi, en dehors de sa lingerie ? 
Exactement. Pour Nivea, c’était une collaboration d’un an, elle se termine bientôt.

La question est un peu directe, mais est-ce toujours intéressant pour Chantal Thomass de travailler avec des marques moins luxe?  
Oui bien sûr, en particulier parce que c’est une marque très diffusée. Pour la première fois on a fait  de la pub TV, je n’en avais jamais fait ! Il y a eu aussi  de la pub magazine.  C’était un moyen de faire connaître le nom [Chantal Thomass] auprès des jeunes filles, qui n’ont pas encore les moyens de s’acheter la lingerie. 

…Mais qui ont les moyens de s’acheter du maquillage! Alors, vous travaillez une ligne de parfums (le dernier, Osez-moi, vient de sortir), est-ce qu’on verra bientôt une ligne de cosmétiques à votre nom? 
Pas pour l’instant, mais on sait jamais ! Pour l’instant rien de prévu. 
Ces multiples collaborations permettent d’associer votre nom à des produits que vous ne maîtrisez pas forcément. Il y a eu quelques années, vous avez eu des problèmes avec la propriété de votre nom. Comment gérez-vous l’utilisation de votre nom en conséquence ?  
Je contrôle mon nom de la même façon qu’avant. J’ai des associés majoritaires, mais je contrôle la création et la communication.

En 40 ans de création, avez-vous eu / avez-vous un plan de carrière ?
Non, je n’ai pas de plan de carrière, je suis mes instincts et inspirations. (Rires). Je devrais d’ailleurs, j’aurais dû !
III. Jeunes créateurs
D’ailleurs, vous vous impliquez aussi beaucoup pour aider les jeunes créateurs, notamment à travers la rubrique « Coup de Cœur » sur votre site ?  
Oui, j’essaie, je trouve ça bien de pouvoir aider les jeunes qui débutent. C’est très important. Je trouve que la rubrique coup de cœur n’est pas assez remplie. On l’a créée, mais elle n’est pas renouvelée. C’est dommage.
Travaillez-vous parfois en partenariat avec de jeunes marques ?  
Oui, Je fais ça de temps en temps. Et puis je fais beaucoup de choses dans les écoles, des remises de prix, des conférences, des jurys.

Avec 40 ans de recul en création, quel conseil donneriez-vous à un jeune qui se lance aujourd’hui ? 
Il est important de faire ce qu’il aime, ne pas céder à la tentation. Pour se construire un style, il faut vraiment faire ce qu’on aime profondément. Je pense que c’est très difficile à notre époque, parce qu’il y a beaucoup de marketing. Et un jeune créateur doit très vite gagner de l’argent. Malgré cela, il ne doit jamais oublier son désir profond et persévérer.

En ce qui concerne votre propre style : comment êtes-vous passée des vêtements de Ter et Bantine, à la lingerie
En fait c’est très simple, j’ai commencé la lingerie en faisant du prêt-à-porter, parce que les vêtements que je faisais étaient inspirés de la lingerie. Ensuite, j’ai fait de la lingerie et du prêt-à-porter pendant au moins 15 ans, 15 -18 ans, dans les années 80 jusqu’à 1995. Le prêt-à-porter s’est arrêté parce que j’ai eu des problèmes avec des associés.

Y aura-t-il à nouveau des vêtements Chantal Thomass ?  
Je pense que je n’en referai pas. C’est très lourd. Il y a beaucoup de collections par an, et aujourd’hui le marché comporte beaucoup de marques, qui font ça très bien. Je pourrais éventuellement créer quelques petites pièces, en partenariat avec une autre marque, mais refaire du prêt-à-porter comme je l’ai fait par le passé non. 


IV. Le style Chantal Thomass

Dans les années 70, vous avez été une pionnière de la lingerie Rétro de luxe, avec un esprit très féminin, très Pin up, hérité des années 50. Aujourd’hui, c’est la tendance, il y en a partout. Comment fait-on, quand on est Chantal Thomass pour se démarquer de la concurrence et garder cette avance ?  
J’essaie de créer des pièces que je n’ai jamais faites, plus originales, sans me répéter. Ca me vient assez facilement, je n’ai pas trop de problèmes. C’est une espèce de gymnastique aussi, qui fait qu’on a envie d’aller plus loin et d’avancer. Et puis, j’ai une équipe, avec deux assistantes qui travaillent avec moi.

L’univers de la lingerie tourne autour de pièces phares, souvent les mêmes. Pensez-vous qu’il soit encore possible d’inventer une nouvelle pièce lingerie ?  
On peut difficilement inventer une nouvelle pièce, peut-être un jour ! En revanche, il est possible d’inventer énormément autour des pièces existantes, et utiles. Notamment le soutien-gorge bien sûr, qui est le plus important, mais aussi le bas, qui peut être une culotte, un string, un shorty, un boxer, une grande culotte façon année  50s, un bikini. Et aussi toutes les pièces qui permettent de sublimer le corps de la femme, comme les porte- jaretelles, les serre-taille, les guêpières, les bustiers. Cette année, j’ai fait un Soutien-gorge petit tablier de bonne. Très mignon.

Un vrai jeu sur les formes donc ?  
Absolument. Un jeu sur les formes, et aussi sur les matières, qui évoluent, et sur les mélanges de matières, les couleurs. Mais la lingerie doit avant tout être fonctionnelle, et respecter les contraintes techniques. Comme pour les chaussures !

Gardez-vous en tête ces contraintes techniques lorsque vous dessinez un nouveau modèle ? 
Au départ, j’essaie de ne pas m’en préoccuper, parce que si on s’en préoccupe on ne fait rien.
Ensuite, je travaille avec les modélistes, pour qu’elles arrivent à réaliser mes envies.

Qu’en est-il du choix de la matière ? 
La matière est importante car on porte la lingerie sur le corps, elle doit être confortable. Et puis surtout la lingerie se lave tous les jours, elle doit dont être solide et infroisssable. Ces préoccupations je les ai automatiquement.

Lors de la création, tenez-vous aussi compte de la rentabilité des collections ?
Je suis obligée parce que j’ai une équipe marketing derrière moi, qui veille au grain à ce niveau-là. Les pièces plus chères sont produites en petite série, par exemple pour la boutique de la rue Saint Honoré.
Comment cela se passait-il avant le marketing ? Ce sont les commerciaux qui nous faisaient remonter les besoins et attentes des boutiques et clientes.

Pour finir, quelle est l’actualité de la marque ? 
Au mois de novembre, deux meubles pièce unique seront exposés à Via, pour la Maison Paillardat. Cette maison a fait travailler 5 designers.
Ne manquez pas l’excellente rubrique les Vitrines du site officiel, où comment suivre les tendances lingerie et scénographie très facilement.

Un grand merci à Chantal Thomass pour sa passion, et sa disponibilité.

Plus d’informations : Chantal Thomas, Vendôme LuxuryHôtel Meurice, Designer day’s

* événement annuel organisé par une association dont la mission est de promouvoir la création contemporaine, et le design en particulier.
** : chaque luminaire était présenté dans un caisson de bois brut, éclairé par des LED. Les bijoux étaient quant à eux présentés sous des cloches de verre, sur du sable.

Sources photos : internet, sauf photos de l’expo