Conversation Mode et Inspiration, avec le grand pianiste Pascal Amoyel [ITW]

Pascal Amoyel, si vous aimez la musique classique, vous devez forcément connaître ! 
C’est un grand pianiste, récompensé par une Victoire de la Musique en 2005 (Révélation Soliste Instrumental), Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres et Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques, et l’interprète référence de Franz Liszt – le père du piano moderne – et de son mentor et découvreur, György Cziffra.

Interprète et compositeur à part dans le monde de la musique classique, Pascal Amoyel offre aux spectateurs davantage que des concerts, car il mêle souvent son histoire personnelle aux morceaux qu’il joue.

Son ambition, je l’ai comprise en discutant avec lui : ce qui l’intéresse c’est transmettre la musique à ceux – comme moi ! – qui ne la connaissent pas, en leur donnant les clés pour la comprendre.
J’ai eu la chance de le rencontrer lors de la présentation presse de l’Estival de la Bâtie dont il est le parrain, avec la violoncelliste Emmanuelle Bertrand.
Habitué des grandes interviews, je lui ai proposé une conversation un peu décalée autour du style et de la mode.
Il a accepté avec beaucoup d’humour et d’autodérision !

Pascal Amoyel et les styles … musicaux

On parle souvent de style vestimentaire liés à des style musicaux… Alors, y a-t-il eu un Pascal Amoyel punk ?

[Pascal Amoyel] Si punk veut dire « se rebeller par rapport à un ordre établi, par rapport à un fonctionnement théorique à respecter » alors oui ! J’ai été punk, et je le suis même toujours ![il rit]. « Vous savez, on parle de styles de musiques, mais les artistes eux-mêmes ne se définissent pas comme ça. On ne cherche pas un style. Bien sûr il y a des écoles musicales, l’esthétique d’une époque influence forcément le génie. Mais ces artistes sont souvent transcendés par leur propre génie.
Ils ne suivent pas de mode, de carcan. On cherche toujours à se libérer des carcans, à aller dans toutes les sphères.

« Le génie est toujours original.
L’originalité n’est pas souvent géniale ».

L’émotion, la conviction, se sont elles qui sont réellement source d’originalité. Les grands maîtres copient pour s’émanciper, ils cherchent toujours une direction nouvelle. Mais on n’est jamais vraiment neuf. Il faut trouver un équilibre entre le présent et la tradition que l’on reçoit, savoir la suivre sans trop la respecter.

Vous voulez dire que la musique, comme la mode, associe vintage et esprit contemporain? 

On fait tous du neuf avec du vieux ! Le danger, c’est de considérer la musique comme quelque chose de vieux.
La musique est vivante. Elle répond aux questions du temps : hier, maintenant, toujours, elle est éternellement présente.
Ce qui est important c’est du cultiver justement cet oeil neuf, de casser la routine.

En ce qui me concerne, je cherche toujours à voir ce qui peut entraver la liberté. Je m’évertue à rechercher le lâcher-prise. Nous sommes tous dirigés par des comportements qui ne sont pas vraiment les nôtres, mais que l’on nous a appris.

L’égo passe la porte de service !

Je cherche à voir ce qui est inutile pour revenir à l’essentiel, sans jugement. En posant tout, petit à petit, on arrive à se libérer. Ce qui reste, ce n’est pas grand chose. C’est l’intuition fabuleuse, la grande intelligence qui est en nous. Vous savez, pour Einstein, c’était la plus grande valeur. D’après lui, 95 pour ne pas dire 99% des grandes découvertes partaient d’une intuition première. Progressivement on se construit, on se structure, l’intellect joue son rôle, mais la première vibration vient de l’intuition. 

Quand on est artiste, on ne s’exprime pas personnellement finalement. Nous ne sommes que des instruments.
La vibration de la musique est plus grande que nous, elle nous dépasse. 

Quand je joue, il m’arrive de n’être plus personne, ce n’est plus « je » joue mais « ça » joue, comme disait le pianiste Edwin Fischer.

La société nous le fait croire, mais nous ne décidons de rien ! Nous avons assez peu de liberté, en dehors des conditionnements imprégnés, hérités de nos parents, de notre éducation. Mon matériau, c’est ce qui nous échappe. 

Quand je dis quelque chose, je me dis parfois, « c’est mon père qui dit ça, pas moi ». Je suis pris en flagrant délit !

Alors j’enlève tout cela. Quand on fait taire cette petite voix en nous, c’est là qu’on devient libre. Cette petite voix est inutile.
Il faut vivre les émotions comme elles viennent. Ce n’est pas moi qui ai choisi le piano. C’est lui qui m’a choisi.

Pour en revenir à la mode, quelles sont vos tenues préférées ?

Il m’arrive de m’habiller, mais pour la vie de tous les jours, je ne suis pas très regardant. Je suis souvent en chemise – la première qui arrive à ma main -, jean et baskets. Déçue ?
Pour être honnête, je n’accorde pas énormément d’importance à l’apparence.
J’ai l’impression que beaucoup de gens s’habillent en fonction de ce qu’ils veulent être, pas de ce qu’ils sont.
Au fond, je trouve que leurs vêtements ne leur vont pas. 
Je n’aime pas trop la manière dont certaines personnes se cachent derrière leurs vêtements pour faire transparaître une personnalité qu’ils n’ont pas. Cela me gêne qu’ils cherchent à véhiculer une image fausse d’eux-mêmes. Alors j’ai lâché prise, et je ne vais pas dans ce sens. 

Quand je donne des cours au Conservatoire – de Paris – ou quand je suis en représentation, je fais souvent un peu plus attention par respect pour les personnes que je vais voir, ou pour celles qui viennent me voir. 

Je porte dans ce cas un costume mais jamais de cravate. La cravate évoque trop la soumission pour moi !
J’évite aussi les boutons de manchette qui me gênent pour jouer. Mais j’en porte dans mon spectacle « Le jour où j’ai rencontré Franz Liszt ».

En mode, on s’habille selon la saison, est-ce qu’il y a des morceaux qu’on ne peut pas jouer l’hiver ou l’été ? 

Je ne sais pas. Je pense en revanche que quand on joue beaucoup un compositeur, Bach, Chopin ou Scriabine par exemple, c’est souvent tellement fort, c’est difficile de se mettre dans l’oeuvre d’un autre compositeur.

Comment choisissez-vous vos vêtements ? 

Quand je les trouve beaux! Je ne vais pas souvent faire les courses. Quand je sors, je regarde les vitrines.
Quand un vêtement me plaît, j’entre, et là c’est Noël pour le vendeur ! J’achète trois ans en une fois ! [il rit].

Mais c’est vrai que je ne m’habille pas toujours en costume, même au ConservatoireJe suis souvent en jean. Quand je suis Directeur de Festival, je suis en costume.

Ensuite je joue un peu plus avec le vêtement quand je suis sur scène car mes costumes me permettent d’exprimer ce que la musique n’exprime pas toujours.

C’est vous qui créez vos costumes de scène ? 

Je suis très conseillé, mais j’ai mes idées!

Dans « Le jour où j’ai rencontré Franz Liszt » par exemple, je porte une redingote à un moment, car elle fait sens dans l’histoire, quand Liszt joue pour le tsar, et qu’il devient une star de l’époque.

Dans ce spectacle, je voulais aussi apporter une autre dimension, alors je porte des gilets qui changent de couleur comme par magie ! Cela me permet aussi d’exprimer une partie de ma personnalité.

C’est drôle, vous n’êtes pas le premier artiste à me parler de votre passion pour la magie ! [Max Herlant, Directeur Artistique pour Yves Rocher, ndlr]

Oui, c’est vrai, j’aime la magie. 
Ce que j’aime dans la magie, c’est surtout le moment où la personne qui regarde le tour s’émerveille, ces étoiles dans les yeux, c’est ce que je cherche et ce qui me touche le plus. 
Je m’intéresse d’ailleurs aussi à l’hypnose et au mentalisme, pour cette partie inattendue et intrigante qui fascine les gens. J’ai d’ailleurs créé un cercle de mentalistes il y a quelques années. 

Le vêtement me sert aussi à entrer dans mon rôle. Dans mon spectacle sur Beethoven, je joue mon propre rôle, le costume est plus sobre, car je veux montrer sa dimension d’introspection : Beethoven ne sera jamais celui qu’il voulait être.
Et pourtant il était extraordinaire. C’est cette émotion que j’ai eue en découvrant son travail que je veux passer aux gens. Je veux qu’ils comprennent pourquoi Beethoven était extraordinaire. Je veux qu’ils partagent cette vibration, qu’ils se laissent porter par la musique. Je suis heureux quand on me dit « Merci, j’ai oublié mes soucis ».

 

Merci Monsieur Amoyel !

Vous l’avez compris, Pascal Amoyel est un artiste libre, qui s’affranchit des codes pour proposer à son public des oeuvres magiques, qui les dépassent. Il leur offre un moment à part, un moment suspendu, comme ce luxe qu’il définit lui-même : « un bon café, un gâteau parce que je suis gourmand, dans un bon fauteuil, quelque part … »

Pour voir Pascal Amoyel en concert, il suffit de consulter l’agenda de son site.

Une interview en vidéo très intéressante et complémentaire de la vision qu’il a développée ici : 

2018-08-17T19:51:03+00:00 Ma Bulle|

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