Expo : Lurex, Trame et Volupté au Musée des Tissus de Lyon

Je vous en parlais la semaine dernière, j’ai eu la chance de découvrir en avant-première la nouvelle exposition du Musée des Tissus deAffiche Lurex Trame et Volupté Lyon, consacrée au Lurex.

L’objectif de l’expo est de raconter l’histoire de cette fibre, et notamment comment elle est intrinsèquement liée à la mode.

Le Lurex c’est quoi ?  Petite histoire.

C’est une fibre textile, qui est fabriquée à partir d’une feuille d’aluminium, prise entre deux pellicules transparentes. Cette fibre est révolutionnaire à plus d’un titre, quand elle est inventée après des années de recherches, dans les années 40.

Pour bien comprendre, il faut se rappeler que jusqu’aux progrès de la chimie, à la fin XIXème siècle, il y avait seulement des fibres naturelles (d’origine végétale ou animale : coton / lin et laine/soie par exemple). Avec les premières expérimentations chimiques sont nées les fibres artificielles : des fibres naturelles transformées pour en améliorer les capacités (résistance, etc).
Les fibres créés entièrement à partir de rien, dites synthétiques, sont nées beaucoup plus tard, dans les années 20/30, avec par exemple le Nylon (1931). Je vous en avais déjà parlé ici.

Le Lurex est né du croisement de ces nouvelles compétences, avec celles de l’industrie de la métallisation, par exemple le papier chewing-gum, recouvert d’aluminium.

Les avantages de la fibre ? Une grande résistance (au lavage par exemple), une souplesse et une légèreté qui n’ont rien à voir avec les fibres métalliques, et une brillance incomparable.

Lurex Trame et Volupté Musée des Tissus Lyon

Les débuts du Lurex dans la Mode

Au départ, les applications du Lurex étaient limitées à l’ameublement (revêtements de sièges d’avions, mobilier). Puis les costumiers de cinéma l’ont découvert, c’était l’époque du péplum à Hollywood… La suite vous la connaissez : Elizabeth Taylor en Cléopâtre. C’est drôle, je vous en parlais la semaine dernière 🙂

Elisabeth Taylor en Cléopâtre

Ce sont les créateurs de prêt-à-porter de Chicago qui commencent à l’utiliser dans leurs collections. Les magazines US s’y mettent, ce qui a progressivement influencé l’Europe, dans les années 50.

En France, c’est la Haute-Couture qui s’empare la première de cette nouvelle matière : Balenciaga, en 1957, puis Dior, Cardin, etc. C’est une maison lyonnaise, Abraham, qui détient alors le savoir-faire technique. Le savoir-faire se répand petit à petit, et toujours plus de maisons commencent à proposer des textiles à base de Lurex.

A la fin des années 50 et pendant les années 60, c’est LA fibre de la modernité. Toutes les stars la portent ! Elle reflète son époque : c’est l’époque de la Conquête Spatiale, on a l’impression de repousser toujours plus les limites de l’Humanité !

Lurex Trame et Volupté Musée des Tissus Lyon

Mais tout se gâte avec le premier choc pétrolier : ça devient trop cher de produire le Lurex ! La fibre perd de sa superbe, et devient ringarde aux yeux du monde de la mode. C’est un sentiment qui perdure encore un peu aujourd’hui…

Lurex = innovation = excellence, donc Haute-Couture

C’est peut-être pour cela que la jeune création des années 80s se la réapproprie, Jean-Paul Gaultier en tête (cf les corsets de Madonna). Claude Montana, Thierry Mugler, Gianfranco Ferré réutilisent ce que le courant punk avait mis en avant par contestation, et contribue à refaire du Lurex une fibre moderne et désirable.

Il faut dire aussi que cette fibre est source de création infinie, par ses caractéristiques. Matte ou brillante, avec des effets gaufrés, plissés, froissés, tissée en velours, en mousseline, en double étoffe, tout est possible avec le Lurex !

La Haute-Couture des années 90 redécouvre la fibre, et Lacroix comme Lagerfeld pour Chanel en usent et en abusent !

Lurex Trame et Volupté Musée des Tissus Lyon

Le Musée des Tissus bénéficie d’un fonds très important d’archives des maisons lyonnaises, l’expo présente quelques échantillons de ces productions novatrices à leur époque, ainsi que des magazines et catalogues.

Concentrée dans une dizaine de vitrines, l’exposition n’est pas immense, mais elle est vraiment très intéressante. Vous serez forcément bluffé par les échantillons de tissus qui accrochent la lumière des lustres…

Une découverte aussi : le travail d’Andrée Brossin de Méré, la première designer textile, qui a utilisé le Lurex très vite, et en a fait d’incroyables compositions.

2017-02-21T00:09:48+00:00Expos|

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