Cette année l’Université de la Mode de Lyon a récompensé la créatrice Anne Valérie Hash pour son travail en collaboration avec la commissaire d’expositions Sylvie Marot.
En effet ce livre est en fait, comme souvent d’ailleurs les Grands Prix du Livre de Mode, un catalogue d’exposition, celle qui s’est tenue au printemps 2016 à la Cité de la Dentelle et de la Mode de Calais.
Je l’avais manquée pour cause de grossesse avancée, et j’avoue que pouvoir rencontrer Anne-Valérie Hash, l’entendre parler de son travail par l’intermédiaire du Grand Prix m’a fait très plaisir !

Décrayonner, Anne-Valérie Hash

Le Grand Prix du Livre de Mode 2017 est venu récompenser un travail d’édition, mais pas que !

Bien sûr le livre est magnifique, avec une reliure rare : dite « à la japonaise », elle est réalisée à la main,
ce qui explique son prix et donc sa rareté dans l’édition. Un parti pris de la créatrice et de son auteur pour le livre, Sylvie Marot.

« Nous avons eu de la chance, c’était le premier livre sur la mode des Editions Liénard, ils nous ont fait confiance et nous ont laissé une certaine liberté. »

Anne-Valérie Hash Décrayonner livre

Se succèdent au fil des chapitres des images d’archives, le travail de classification des collections entrepris par Anne-Valérie Hash elle-même, et des textes d’explications des inspirations et du processus créatif de la styliste.

A mon avis, le Grand Prix du Livre de Mode vient aussi récompenser le travail de Anne-Valérie Hash comme styliste de sa maison, de la création de la marque en 2001 au décernement du label Haute-Couture en 2008,
de l’envie créatrice du début à la volonté de marquer une pause de la part de Anne-Valérie Hash depuis 2012.
La créatrice le dit elle-même, elle avait « besoin de prendre du recul« .

« Je trouvais ça prétentieux de faire une exposition et un livre sur mon travail.
Surtout que c’est arrivé à un moment où justement je voulais faire une pause.
La mode c’est un rythme infernal, ce renouvellement incessant des collections, ce stress.
J’ai accouché par césarienne et 7 jours après, j’étais déjà au travail, avec une canne, parce que c’était l’époque du défilé. 15 mois après, ma deuxième fille, même scénario, 10 jours après ma césarienne, avec une canne. Tout allait bien, j’étais emportée, et un matin, ça m’a rattrapé.
Je me suis senti passer à côté de ma vie. Je souffrais. Je rêvais de disparaître ! »

« Sylvie m’a convaincue. Je l’ai rencontrée par hasard.
J’avais envie de fermer ce chapitre, [ma marque], comme on ferme un livre, et finalement ce travail d’exposition m’a permis de vraiment le faire. De remercier mes équipes, de faire le point. Pour renaître. »

« Je crois que je n’ai pas pleinement réalisé ce qui se passait. C’est un peu comme si ce n’était pas mon travail qui était exposé. Il y a eu une sorte de distance qui s’est créée.  » 

Anne-Valérie Hash – Décrayonner. Collection Eléments_©Fabrice-Laroche 2015

Cette émotion qui transparaît dans le discours de Anne-Valérie Hash, on la retrouve dans son livre. Elle raconte comment elle s’est inspirée de son père pour ses vêtements.

« J’adorais mon père. Je lui ai emprunté ses vêtements.
Ma première collection, fillemâle, c’était vraiment ça. La petite fille qui va dans le vestiaire de son père. J’ai déconstruit ses vêtements pour les reconstruire.
J’avais fait le point sur ce que j’aimais ou non : le noir, le blanc, le travail de Yohji Yamamoto, de Comme des Garçons, etc. Progressivement, en fonction des étapes de la vie, je suis allée vers plus de féminité, en rééquilibrant avec de la dentelle, des combinaisons.« 

« Mon travail est un zigzag entre extrêmes masculin et féminin. Je cherchais la réconciliation des genres, la sensualité par la matière. De plus en plus de dentelle et de soie, mais au départ, de la popeline de coton, du drap de laine, des tissus plutôt masculins.« 

En vidéo : Anne-Valérie Hash reçoit le Grand Prix du Livre de Mode 2017: